TANGER

Tanger la rebelle

Aussi appelée la « ville du détroit » Tanger tient une place à part dans l’histoire et l’imaginaire marocain. Son histoire remonte au 4ème siècle avant J.C., quand elle n’était qu’un comptoir carthaginois. Bien plus tard, au 8ème siècle, elle fut le point de départ de la conquête de l’Espagne par les Omeyyades de Damas ; c’est un lieutenant berbère, du nom de Tarik Ibn Ziyad qui commanda l’invasion ; le rocher de Gibraltar lui doit son nom (Djebel Tarik).

Sa position stratégique attisa de tous temps les convoitises des puissances étrangères, plus particulièrement la France, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Allemagne. En 1923 Tanger devient une zone internationale affranchie de droits de douane et elle obtient son statut définitif en 1925, qu’elle conservera jusqu’à l’indépendance du Maroc en 1956 ; elle jouira d’une liberté de change et de commerce jusqu’en 1960, date à laquelle elle deviendra une ville comme les autres.

Mais son histoire particulière l’a longtemps marquée et aucune autre ville ne symbolise mieux cette ouverture sur le monde propre au Royaume, ouverture géographie bien sûr, mais également ouverture sur l’Autre ; américains, anglais, espagnols, français, juifs venus d’Andalousie après la Reconquista firent de la ville un havre de tolérance ; elle fut et reste chère au cœur des artistes, peintres (Delacroix, Matisse, Marquet…), poètes et écrivains (Paul Bowles, William Burroughs, Pierre Loti, Jean Genet et plus récemment Tahar Benjelloun).
Pour découvrir la ville, rien de mieux que de s’y promener, quitte à se perdre dans les ruelles de la médina ; sous influence espagnole de 1912 à l’indépendance, la ville a gardé un cachet typiquement andalou. On pourra démarrer par le Petit Socco (le petit marché), réputé pour ses cafés, à la lisière de la ville nouvelle et de la médina, avant de rejoindre le Grand Socco (Souk Bara) par Bab Fahs. On y admirera un monument historique, le Cinéma Rif, qui faillit bien disparaitre, avant d’être sauvé par une association ; c’est aujourd’hui la cinémathèque de Tanger. Autre lieu incontournable, la Casbah de Tanger qui domine la ville et offre une vue imprenable sur le détroit et les côtes espagnoles toutes proches. On visitera le musée Al Ghorfa, qui fut autrefois un palais que les sultans occupaient quand ils venaient à Tanger.

On complétera la visite de la ville par le Marchan qui abrite le Palais Royal et le Palais des hôtes, mais également le mythique café Hafa, resté à l’identique depuis des décennies ; jeunes et moins jeunes viennent s’y assoir et contemplent l’océan des heures durant, en sirotant lentement un thé à la menthe ou un café. On terminera par une promenade en voiture à l’ouest de la ville sur la Montagne, un quartier chic ou l’on devine derrière de hauts murs de grandes et belles villas, ainsi que quelques palais, donnant sur l’atlantique. En continuant, on arrivera à Cap Spartel, promontoire sur lequel trône un phare, à deux pas des grottes d’Hercule.

Mais Tanger, c’est aussi la modernité, symbolisée par des projets grandioses, tel le port Tanger Med qui fait de la région un hub industriel d’exception irriguant l’Afrique et l’Europe, et rivalisant avec Algesiras ; Mellousa, au sud-est de la ville abrite l’usine Renault Nissan, la plus grande usine automobile en Afrique, et qui draine derrière elle son lot de sous-traitants et autres prestataires, créant ainsi des dizaines de milliers d’emplois directs et indirects.

Plus récemment la Cité Mohammed VI Tanger Tech, fruit d’une coopération maroco-chinoise, se prépare à devenir une cité industrielle ultra moderne, avec une première zone de 500 hectares en cours d’aménagement. Enfin, pour relier la région avec le reste du Maroc, une Ligne à Grande Vitesse est en exploitation depuis novembre 2018 entre Tanger et Casablanca.